Pendant longtemps, j'ai cru que j'étais juste trop.
Trop sensible. Trop intense. Trop fatigué pour un mec de 29 ans. Le genre de fatigue qui ne part pas après une nuit de sommeil. Le genre d'intensité qui fait que tu captes l'ambiance d'une pièce en 3 secondes, que tu relis un message 15 fois pour analyser le ton, que tu te retournes le cerveau un dimanche soir sans raison rationnelle ou encore que tu rejoues 25 fois une conversation.
Je faisais ce que font tous les hypersensibles dans cette situation : je souffrais. Je portais le masque. Le mec qui va bien, qui gère, qui rassure. À l'intérieur, c'était un autre monde. Mais ça, personne ne le voyait. Parce que la sur-adaptation, quand elle est bien faite, est invisible.
Pendant des années j'ai cherché ce qui n'allait pas chez moi. J'ai même pensé à la dépression ou au burnout, une vie où je ne serais jamais satisfait de rien et où j'allais toujours subir. J'ai pensé que j'étais simplement plus faible que les autres, que tout le monde tenait et pas moi. Rien ne collait. Les cases étaient toujours trop petites ou trop grandes. Que j'étais trop si ou pas assez ça…
Et puis un jour, un mot : hypersensible.
Pas un trouble. Pas un défaut. Pas une maladie. Un câblage neurologique, présent chez 15 à 20% de la population. Un système nerveux qui traite plus d'informations à chaque seconde : sensorielles, émotionnelles, sociales. En prenant part à une formation sur les comportements humains, j'ai eu pour la première fois le sentiment que quelqu'un avait mis des mots sur ce que je vivais depuis l'enfance. On a enfin posé le mot sensible sur moi.
La fatigue dans les endroits avec du monde. L'impossibilité de supporter un conflit qui reste ouvert. La sensation de porter les émotions des autres avant même qu'on m'ait parlé. Le cerveau qui passe de « je me sens hyper bien » à… « je suis complètement crevé 10 minutes après ». Tout faisait sens après coup.
Ce jour-là, je n'ai pas guéri. J'ai juste eu un nom. Mais avoir un nom change tout. La question n'est plus « qu'est-ce qui ne va pas chez moi ». La question devient « comment je vis bien avec ce câblage-là ».
Comprendre n'a pas suffi.
C'est le piège dans lequel je suis resté coincé trop longtemps. J'avais le diagnostic, j'avais la grille de lecture, j'avais lu les bons livres et regardé des vidéos. Mais pourtant, je continuais à m'effondrer en silence le soir, à dire oui quand je voulais dire non, à donner sans recevoir, à porter le masque du mec qui gère.
Le mécanisme est précis. Tu ressens trop, donc tu analyses trop. Tu absorbes l'humeur de la pièce, la tension entre deux collègues, la phrase ambiguë de ta mère au téléphone, la fatigue de ton partenaire. Voire même l'émoji dans un message…
Tu cherches à apaiser, parce que sentir sans pouvoir agir est insupportable. Tu apaises en donnant. En t'oubliant. En devenant la solution au problème de l'autre. Tu finis ta journée vidé, et tu ne comprends toujours pas pourquoi…
Il y a un an, j'étais mal. Pas à ma place dans une vie qui ne me ressemblait pas. À laisser passer le mal et subir ce qui devait se passer. Une rupture où je me suis encore sur-adapté. Un changement de vie rapide. Un déménagement. L'impression de tout perdre. Et cette petite voix qui revient toujours chez les hypersensibles : « c'est de ma faute, j'aurais dû faire mieux… »
Le déclic n'est pas venu d'un livre ou d'un week-end retraite. Il est venu d'une décision.
Pas par la force avec des techniques chelou, mais par l'envie de vivre en étant aligné avec qui je suis et de créer ma place, ENFIN.
J'ai commencé par les petites choses. J'ai dit non à un repas où je n'avais pas envie d'y aller. J'ai laissé un message sans réponse pendant deux jours, et sans culpabiliser. J'ai posé une limite à quelqu'un qui ne voyait pas du tout ma valeur, sans me demander si j'étais légitime. Chaque petite décision a fissuré mon comportement lié à la sur-adaptation…
Et puis il y a eu le grand saut dans le vide. Un déménagement à +5000 km. Reset complet. Un nouveau pays, une nouvelle ville, un nouveau départ. Seul, mais avec moi.
Aujourd'hui ma vie ressemble à ce que j'avais visualisé. Pas parce que tout est parfait. Parce que j'ai arrêté de vivre contre ma nature et plus pour faire plaisir aux autres. Mes émotions ne jouent plus contre moi, elles jouent avec moi. J'ai développé cet amour propre qui prend le dessus sur n'importe quel autre « type d'amour » des autres. Le regard extérieur n'a que très peu d'impact. Mes valeurs sont respectées. Ma personne est alignée. Ma sensibilité est mon principal atout.
Est-ce que je rechute ? Oui. Parfois mes émotions et ma sensibilité reprennent le dessus lorsqu'il y a de la fatigue, quand je change d'environnement et surtout quand mes routines ne sont plus respectées. Mais cette fois-ci la différence c'est que je me relève plus vite qu'avant. À chaque fois un peu plus conscient. À chaque fois un peu plus aligné avec qui je suis.
C'est de ce travail-là, sur moi, en analysant ce qui marchait et ce qui retombait, que les bases d'une façon de vivre ont commencé à apparaître. D'abord comprendre comment je fonctionnais vraiment. Ensuite construire mes limites sur mes propres bases. Enfin vivre aligné, c'est-à-dire arrêter d'avoir une vie de surface et une vie d'intérieur qui ne se rencontrent jamais. Arrêter de dire oui, quand tout mon corps criait non. Arrêter de subir des moments ou des conversations que je n'avais pas envie d'avoir.
J'accompagne les femmes hypersensibles épuisées de se sur-adapter dans leur quotidien.
Pourquoi les femmes ? Parce qu'elles sont la grande majorité des personnes qui se reconnaissent dans ce que j'écris. Quand je parle de la boule au ventre, des ruminations en boucle, du masque de la femme forte qui sourit en façade et s'effondre derrière…
Il y a aussi une raison plus profonde. Les femmes ont appris, de la part de la société actuelle, plus tôt et plus durement, à se taire et à donner. À être agréables. À ne pas déranger. À gérer en silence… et dans la plupart du temps, seule.
Je suis un homme qui accompagne des femmes. Ça dérange certains. On m'a déjà dit que mon compte Instagram était « malaisant ». Que je n'étais pas légitime. Mais je l'assume pleinement.
Parce que beaucoup de femmes qui me rejoignent ont été minimisées, ramenées au « tu te fais des films », « tu exagères », réduites au silence par des personnes qui ne savaient pas quoi faire de leur intensité, sensibilité et profondeur. C'est un réel problème pour moi. Le petit enfant à qui on a dit de se taire et de rester dans son coin sans se montrer a aujourd'hui envie d'aider un maximum de femmes à briller grâce à leur profondeur émotionnelle.
Tomber sur un homme qui reconnaît cette intensité, qui la respecte, qui ne la sexualise pas et qui ne la rabaisse pas, parfois ça déverrouille des choses qu'aucune femme coach n'aurait pu déverrouiller. Pas parce que je suis « exceptionnel » (lol). Parce que je suis simplement présent à ce qui se dit… Et que je comprends leur sensibilité de l'intérieur comme je l'ai vécu.
Le cœur de mon engagement, c'est la qualité du temps que je donne à chaque femme qui me confie son travail intérieur. Cette transition entre une personne qui subit sa sensibilité et ses émotions à la personne qui en fait son guide au quotidien.